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    Pier Paolo Pasolini (1922-1975), né à Bologne, c’est dans le Frioul, région de sa mère, que Pasolini forge son identité. C’est un poète-hérétique est l’une des figures intellectuelles et artistiques les plus complexes, contradictoires et fascinantes de l’Italie du XXe siècle. Poète, romancier, essayiste, cinéaste, journaliste, polémiste, il a traversé son époque en provocateur lucide, en observateur cruel et en passionné désespéré. Son œuvre multiforme, traversée par une tension permanente entre sacré et profane, tradition et révolution, érotisme et spiritualité, constitue un témoignage unique sur les métamorphoses de l’Italie, de la société paysanne à la civilisation consumériste.

 

PPP & L'Évangile selon saint Matthieu 1964



**L’engagement et la rupture : Rome, les sous-prolétaires**

    Après la guerre, son engagement au Parti Communiste Italien (il en sera exclu en 1949 pour "indignité morale" suite à une accusation d’actes obscènes) et son installation à Rome en 1950 sont décisifs. Il découvre les bidonvilles de la périphérie romaine, peuplés d’un sous-prolétariat exclu du "miracle économique". Il s’en fait le chroniqueur et le poète. Ses romans (*Les Ragazzi*, 1955) et ses premiers films (*Accattone*, 1961 ; *Mamma Roma*, 1962) plongent dans cet univers, mêlant néoréalisme cru et vision quasi mystique. Ses héros sont des voleurs, des prostituées, des marginaux dont la beauté barbare et la vitalité amoraliste constituent pour lui la dernière forme de résistance à l’ordre bourgeois.

 

Théorème 1968



Les Mille et Une Nuits 1974

**Le cinéma comme laboratoire de la contradiction**

    Pasolini utilise le cinéma comme un outil d’investigation anthropologique et politique. Refusant le réalisme orthodoxe, il élabore un style hybride, mêlant sacralisation des corps et mise en scène du mythe.

*   **La Trilogie de la vie** (*Le Décaméron*, 1971 ; *Les Contes de Canterbury*, 1972 ; *Les Mille et Une Nuits*, 1974) est un hymne joyeux et charnel à la liberté des désirs, à un monde pré-bourgeois où le corps est source de jouissance et de récit.

*   **Les tragédies mythologiques** (*Œdipe Roi*, 1967 ; *Médée*, 1969 ; *Théorème*, 1968) transposent dans un présent désorienté les archétypes du sacré, explorant la crise de la famille bourgeoise, la rencontre avec le divin (ou le démoniaque) et la violence fondatrice.

    Sa théorie du "cinéma de poésie", opposé au "cinéma de prose", revendique un langage fait de plans-séquences, de regards caméra et de symboles, où la subjectivité l’emporte sur le récit.

 

**Le prophète de la disparition : la critique de la société de consommation**

    À partir de la fin des années 1960, le regard de Pasolini se fait de plus en plus apocalyptique. Il observe, terrifié, la "disparition des lucioles" – métaphore de l’anéantissement des cultures populaires, rurales et subalternes sous l’homogénéisation violente du néo-capitalisme et de la télévision. Il se brouille avec la gauche traditionnelle, qu’il accuse d’avoir trahi les vraies valeurs révolutionnaires en épousant l’idéologie consumériste. Ses articles virulents dans le *Corriere della Sera* (réunis dans *Écrits corsaires*) fustigent la "démolition anthropologique", l’avènement d’un "nouveau fascisme" bien plus insidieux que l’ancien : un fascisme des comportements, du conformisme, de la perte du sens du sacré.

 

Salò ou les 120 Journées de Sodome 1975



**Le scandale final : *Salò* et la mort**

    Son dernier film, *Salò ou les 120 Journées de Sodome* (1975), constitue l’aboutissement glaçant de sa réflexion. Transposant le roman du Marquis de Sade dans la République de Salò (dernier bastion fasciste en 1944-45), il représente le pouvoir absolu comme une machine à annihiler l’humanité, réduisant les corps à des objets de consommation et de torture. C’est une métaphore de la société de consommation poussée à son paroxysme, où toute transgression est récupérée par le système. Le film, d’une violence extrême, provoque le plus grand scandale de l’histoire du cinéma.

    Pasolini est assassiné brutalement sur la plage d’Ostie le 2 novembre 1975 par un jeune homme Giuseppe Pelosi dans des circonstances totalement sombres. Sa mort violente, à 53 ans, a semblé sceller son destin de martyr et de victime expiatoire des contradictions qu’il avait dénoncées.

 

**L’héritage : un cassandre inclassable**

    Pasolini est un intellectuel bien que ses œuvres provocantes et souvent controversées restent une voix inconfortable, impossible à classer. Catholique hérétique, marxiste anticonformiste, homosexualité célébrant la vitalité prolétaire, il a habité toutes les contradictions. Son œuvre est un immense cri de douleur et d’amour pour un monde qu’il voyait disparaître, et une dénonciation prophétique des dérives de la modernité triomphante. Plus qu’un artiste et malgré sa vie tumultueuse, l'héritage de Pasolini perdure et il est considéré comme l'une des figures les plus importantes du cinéma et de la littérature italiens. En cela, Pier Paolo Pasolini demeure notre contemporain capital, un témoin gênant et indispensable.

 

 

 

 

S Spielberg

 

    Steven Spielberg L'Architecte des Rêves Cinématographiques. Il est né le 18 décembre 1946 à Cincinnati, dans l'Ohio. Il a commencé à faire des films amateurs à l'âge de 12 ans, c'est une force tellurique qui a redéfini l'industrie hollywoodienne, l'imaginaire populaire mondial et les frontières mêmes du cinéma de divertissement. Son œuvre, phénoménalement populaire et souvent saluée par la critique, incarne une dialectique fascinante entre l'émerveillement enfantin et la conscience historique adulte, entre le spectacle pur et l'engagement profond.

 

S Spielberg & Lincoln 2012



**L'Apprenti Sorcier : Des Arrière-cours d'Arizona à l'Olympe d'Hollywood**

    L'enfance de Spielberg, marquée par les déménagements et le sentiment de marginalité d'un adolescent juif en banlieue, forge sa mythologie personnelle. Ses premiers films amateurs, tournés avec une prodigieuse maîtrise technique précoce, sont déjà des exercices de mise en scène et de suspense. Son entrée fracassante dans le cinéma professionnel est un coup de maître : *Duel* (1971), un téléfilm au suspense implacable, démontre un génie inné pour le langage cinématographique, orchestrant peur et fascination avec une économie de moyens stupéfiante.

 

**Le Faiseur de Merveilles : L'Âge d'Or du Blockbuster**

    Spielberg devient l'architecte en chef du "Nouvel Hollywood" des années 70-80, tourné vers le spectacle grand public.

*Les Dents de la mer* (1975) invente littéralement le concept du *summer blockbuster* : un film-événement, soutenu par un marketing massif, qui assoit le pouvoir du réalisateur comme marque commerciale et créative. Le film est une leçon de cinéma : ce qu'on ne voit pas est plus terrifiant que l'horreur explicite.

*Rencontres du troisième type* (1977) et *E.T. l'extra-terrestre* (1982) constituent le cœur de sa mythologie. Ils traduisent une vision humaniste et quasi mystique de l'Altérité. L'extra-terrestre n'est plus une menace, mais une figure de rédemption, un catalyseur d'émerveillement et de lien familial. Le célèbre plan du doigt qui se tend vers celui d'E.T. résume cette quête de connexion. Ces films, emplis d'une lumière picturale et d'une musique (de John Williams) devenue l'âme de ses images, touchent à l'universel en parlant à l'enfant intérieur.

 

les aventuriers de l'arche perdue 1981

 
La couleur pourpre 1985


**L'Aventurier de l'Imaginaire : Du Divertissement à l'Histoire**

    Spielberg refuse l'enfermement dans un seul genre. Il est aussi le maître de l'aventure avec la saga *Indiana Jones* (créée avec George Lucas), hommage enlevé et malicieux aux serials de son enfance. Mais c'est dans les années 1990 qu'il opère un virage décisif, assumant pleinement son statut de cinéaste majeur en abordant des sujets historiques d'une gravité inédite.

*La Liste de Schindler* (1993) est un choc. Avec une maturité stylistique époustouflante (photographie en noir et blanc, mise en scène épurée, usage poignant de la couleur), il aborde la Shoah sans fioriture, mais avec une foi en l'humanité chevillée au corps. Le film lui vaut enfin la reconnaissance officielle de l'Académie et consacre sa dimension de cinéaste historique.

*Il faut sauver le soldat Ryan* (1998) réinvente la représentation de la guerre. La séquence du débarquement d'Omaha Beach, d'un réalisme sensoriel et chaotique inouï, marque une génération et influence tous les films de guerre à venir.

 

**Le Passeur d'Histoires : Entre Mémoire et Merveilleux**

    Le XXIe siècle confirme sa double nature en basculant entre des films à grand spectacle comme *Minority Report* 2002 et *Ready Player One* 2018, et les œuvres plus graves, souvent centrées sur les mécanismes du pouvoir et de la mémoire :

*Munich* (2005) plonge dans la complexité morale de la vengeance.

*Lincoln* (2012) se concentre sur l'art politique et le combat législatif avec une intensité théâtrale.

*Le Pont des espions* (2015) et *Pentagon Papers* (2017) explorent les coulisses de la guerre froide et de la liberté de la presse.


Terminal 2004


 

**L'Héritage : Le Maître du Langage Universel**

L'impact de Spielberg est incommensurable.

1.  **Économique & Industriel : ** Il a modelé l'industrie du cinéma moderne, prouvant que le divertissement intelligent peut être une force culturelle et commerciale dominante. Il est aussi un des piliers d'Amblin Entertainment et de DreamWorks SKG.

2.  **Technique : ** C'est un virtuose de la narration visuelle. Ses plans fluides, son sens du cadrage, son montage rythmé (en collaboration avec Michael Kahn) et son utilisation des effets spéciaux au service de l'émotion (plutôt que l'inverse) sont étudiés dans le monde entier.

3.  **Émotionnel : ** Il possède le génie de la connexion immédiate avec le public. Il maîtrise comme nul autre les ressorts de l'émerveillement, de la peur, de la tristesse et de la joie pure, souvent en les conjuguant.

4.  **Thématique : ** Son œuvre, en apparence diverse, est traversée par des obsessions constantes : la famille fracturée et reconstituée, la quête du père, la confrontation avec l'Histoire, la foi en l'ordinaire face à l'extraordinaire, et la défense des innocents.

 

    Steven Spielberg est le dernier classique et le premier moderne. Héritier de Capra et de Lean, tout en ayant ouvert la voie à l'ère numérique. S'il fut parfois critiqué pour un certain sentimentalisme, son cinéma est avant tout d'une intelligence technique et narrative absolue. Il a offert au monde des icônes (le requin, le vaisseau d'*E.T.*, l'arche d'alliance), des images inoubliables, et a prouvé que l'on pouvait parler à la fois à des centaines de millions de spectateurs et à l'individu seul dans la salle obscure. Il reste, fondamentalement, celui qui a gardé vivante la capacité collective à s'émerveille

 

 

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